La lettre de la décentralisation



 

11 janvier 2008

Avertissement

« Horizons politiques » poursuit la présentation de l’horizon politique partisan français, à l’aube de cette nouvelle année avec des références littéraires. Après «L’Etre et le Néant» des Centristes, voici le «Bonjour tristesse» des socialistes, en attendant le futur « nœud de vipères de l’UMP » promis par le politologue, Denys Pouillard qui bénéficie ici d’une liberté quasi-totale dans ses analyses et ses jugements qui peuvent être, rappelons-le, soit contestés, approuvés ou prolongés dans nos blogs de débats.

FG


2 - PS : Bonjour tristesse !...



par Denys Pouillard,
Directeur de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire


 

Jamais, les socialistes n’ont été autant divisés. Même au temps très court des incertitudes et des doutes après 1969, la gauche non communiste n’avait pas connu un tel morcellement. A qui la faute ?
- Ségolène Royal, c’est trop facile.
- François Hollande, c’est hypocrite.
- au vieillissement des cadres, c’est malhonnête.
- au mythe mitterrandien, c’est de l’abus.
La faute revient plutôt à Lionel Jospin qui a abandonné de façon abrupte le navire socialiste après son échec de 2002.
Durant cinq ans, le Parti socialiste ne s’en est pas remis… et finalement ne s’en remet toujours pas en 2008.

Aujourd’hui les dix doigts des deux mains ne suffisent plus pour énumérer la fragmentation nucléaire du parti socialiste. Pire encore, le noyau central, pourtant indispensable à la rénovation n’est plus aussi « central » qu’on pourrait le croire. Suivons ainsi les méandres de ce marigot socialiste en partant de la gauche.

Les « Nonistes » et les « Historiques »

A la gauche de la gauche se serrent les « nonistes » qui retrouvent, ces temps ci, une occasion inespérée de faire parler d’eux. Certes, l’examen du texte constitutionnel relatif au traité sur l’Union européenne permet de consolider l’ancien clan du « non » au référendum. Plus encore, l’initiative hypothétique de Jean-Marc Ayrault - suivie par la malheureuse intervention de François Hollande - sur le boycott du prochain congrès de Versailles relance sur le sentier de la guerre les ex partisans du «plan B».

Mais les « Nonistes » d’hier et d’aujourd’hui sont eux-mêmes divisés sur les alliances électorales et de programme pour l’avenir.

- Idéalistes et très minoritaires, les partisans de Jean-Luc Mélenchon ne seraient pas hostiles à des pourparlers avec la LCR et les altermondialistes.
- Henri Emmanuelli et une petite fraction de son ancien courant demeure plus scotchés à l’alliance avec les « forces de progrès » et donc avec le parti communiste, sans aller au-delà dans l’utopie marxiste
Enfin Benoît Hamon, le plus jeune et plein d’espérance pour son ascension personnelle au sein du parti, se profile en rassembleur d’une gauche jeune, bruyante, révolutionnaire mais intellectuelle, et à ce titre pratiquant déjà un langage de vieux.

- Les « Historiques » survivent aussi dans ce marigot de feu le programme commun de la gauche : Laurent Fabius, grand bourgeois mais donnant au discours toujours une forme rajeunie, sait jouer de son expérience et prestige d’homme d’Etat pour séduire des courtisans fidèles qui n’espèrent, maintenant, plus grand-chose du retour aux affaires. Claude Bartolone, Henri Weber, Guillaume Bachelay sont de ceux là, défendant l’union de la gauche, mais peut-être, s’il le fallait, l’ouverture au Centre !

Les « Conservateurs » par définition restent attachés aux valeurs traditionnelles - celles de la gauche ne sont que souvenirs- de l’épopée mitterrandienne.
- Martine Aubry reste dans la course aux prétendants, uniquement parce que, régulièrement, droite présidentielle, Medef et syndicats lui agitent le chiffon rouge des « 35 heures », au pied de son beffroi lillois.
- Lionel Jospin et Daniel Vaillant, inséparables, retranchés dans le dogme idéaliste de la gauche majoritaire, plurielle, gouvernant à pas mesurés, ont vu leur empire fondre au soleil. Seul Harlem Désir continue de remercier Lionel Jospin de son avancement dans le parti - et de son avancement tout court - et cette fidélité est honorable.

Les « Hollandais », « Royalistes » et « Parisiens »

Les gardiens du temple par obligation tiennent la « citadelle » Solférino et les groupes parlementaires avec leurs personnels prosternés, enfermés dans leurs certitudes et surtout leurs murs qui les protègent des bruits du dehors, des analyses, du débat contradictoire et qui n’existent que parce que la vieille méthode socialiste du camp retranché évite les courants d’air. De temps en temps le principe des vases communicants entre le siège et les groupes agite ce microcosme interne sans changer grand-chose à la compétence, l’état de veille ou de contre-gouvernement…

- Les « Hollandais » d’abord : ceux de la rue de Solférino, autour de François Hollande avec Stéphane Le Foll et Bruno Leroux qui resserrent les boulons de l’appareil quotidiennement et veillent aux candidatures, plus celles d’ailleurs de la modernité que celles qui font gagner - ce qui serait, en principe, la destinée d’un grand parti politique ; les « Hollandais » de l’Assemblée avec Jean-Marc Ayrault, popéreniste avant-hier, ségoléniste d’hier et peut-être encore de demain, livrant aux plus jeunes, dix ans de présidence de groupe, comme gage d’harmonie socialiste.

- Les « Parisiens » de Delanoë, ensuite. Aux côtés de ces « Hollandais » se rattache le groupe des « Parisiens » aspirant à la candidature de Bertrand Delanoë en 2012. Avec les députés Patrick Bloche et Christophe Caresche ils veillent au grain tant qu’ils tiennent l’Hôtel de ville et la moitié est de la capitale en attendant la réélection du maire de Paris et ancien « numéro trois » du PS chargé des fédérations. Bertrand Delanoë, soutenu par Anne Hidalgo, a lui un oeil sur la rive gauche pour la direction du parti et l’autre sur la rive droite, en 2012 pour les présidentielles.

- les « Royalistes » enfin. Ils sont dans le temple sans y être vraiment, mais songent y revenir en force. Le carré du boulevard Raspail, ceux de « Désirs d’avenir », sont à genoux devant Ségolène Royal : le dijonnais, numéro deux du parti, François Rebsamen, l’homme des fédérations et des adhésions à 20 € - ces valeureux « Marie-Louise » de la cause socialiste - avec Jean-Louis Bianco inspirent leur muse.
Il y a aussi Aurélie Filippetti l’une des porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et surtout Michel Sapin, sans doute le moins exposé au vedettariat et le plus à même de faire la synthèse, le moment venu, pour administrer, quatre petites années, la « rue de Solférino ».

Les autres « Royalistes » sont autant d’individualités que d’ambitions, allant de la sincérité désintéressée à l’ambition démesurée : Gaëtan Gorce a dit quelques vérités puis s’est tu, Vincent Peillon n’a pas dit son dernier mot mais a connu la défaite en juin dernier. Arnaud Montebourg et Manuel Valls s’inventent, chaque jour, une bonne raison de faire penser aux militants et surtout aux électeurs que le PS est devenu une vraie machine à perdre.
Restait Julien Dray, l’ami de la reine et du roi, qui semblait, encore, jouer les prolongations. A son tour, il prend le large et s’inquiète de l’assaut de la présidente de la région Poitou-Charente contre les camarades.

Les jumeaux « expatriés »

Pour la première fois dans l’histoire des socialistes, il faut compter sur les expatriés. Ils sont deux que le tirage au sort a désignés, dans des temps politiques différents ; d’abord Pascal Lamy, actuel patron de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) qui s’est rappelé au bon souvenir des socialistes aux yeux ouverts, pas plus tard qu’en septembre dernier, lors des journées parlementaires ; et surtout Dominique Strauss-Kahn que certains ont cru, un peu rapidement, « rallié » à l’ouverture sarkozienne.
Les deux hommes, de leur tours jumelles, sont loin des ambitions médiévales et observent de loin les « petits socialistes » de la vieille Europe. Mais, ambitieux eux-mêmes, ils ont besoin de trouvères et troubadours.
Pascal Lamy n’en a pas. Strauss-Kahn commande encore ses réseaux avec Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen, mais quand il y a la place pour un, il y en a pour deux… ce que Pierre Moscovici exploite, déjà, à son avantage. Une certitude : ceux- là jouent le long terme, c'est-à-dire 2012 et pour cela, il leur faudra bien dire, un jour, avec qui ils comptent s’allier pour gagner.

Les « Planétaires »

Les « Planétaires », ou trop vieux ou trop florentins ou pas politiques pour un kopeck, ne comptent plus guère sur le champ de bataille. La vieille querelle des anciens et des modernes invite à la table Michel Rocard, Jack Lang, les « missionnaires » et éternels rapporteurs de quelque chose comme Jacques Attali ou les quelques intellectuels, penseurs libres de la Gauche moderne - pas celle de ralliés de l’ouverture autour d’ Eric Besson ou de Jean-Marie Bockel – qui se retrouvent dans le petit groupuscule des « Gracques ».

Denys Pouillard
Directeur de l'Observatoire de la Vie politique et parlementaire

 

 

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