Voici donc installée cette commission de réflexion
sur l'avenir des institutions qui rappelle le "
comité consultatif pour la révision de
la Constitution " - dite commission Vedel - que
François Mitterrand avait mise en place en décembre
1992. Le déroulement de la procédure,
utilisé en 2007, ne constitue pas une réplique
du mode d'emploi pratiqué voici une quinzaine
d'années. A l'époque, Jacques Chirac,
Edouard Balladur et Valéry Giscard d'Estaing,
d'un côté, François Mitterrand,
de l'autre, s'interpellaient à distance : le
premier dans un article du journal Le Monde du 21 octobre
1991, dans lequel l'ancien premier ministre de la première
cohabitation proposait de " changer de République
" ; Edouard Balladur, en réponse à
une première déclaration de François
Mitterrand du 10 novembre 1991, soufflait même,
dans les colonnes du même journal, le 14 novembre,
au Président de la République de créer
un " comité constitutionnel " ; Quant
à Valéry Giscard d'Estaing, alors président
de l'UDF, il attendit patiemment une année pour
déclarer la guerre unie des trois chefs de l'opposition
de droite à tout projet constitutionnel qui se
présentait à trois mois du premier tour
des élections législatives ; le 9 novembre
1992, en effet François Mitterrand, annonçait
qu'il rendrait publiques ses propositions de réforme
de la Constitution au plus tard le 30 novembre. Comment
?
La procédure fut républicaine : les présidents
de l'Assemblée nationale, du Sénat et
du Conseil constitutionnel, respectivement Henri Emmanuelli,
René Monory et Robert Badinter reçurent
une lettre, longue et détaillée, datée
du 30 novembre 1992, les informant des projets constitutionnels
et de la création, en conseil des ministres,
le 2 décembre, d'un " comité consultatif
pour la révision de la Constitution ".
Peu importe ce que sont devenues les propositions du
comité, après la remise du rapport, le
15 février 1993 ; peu importent les évolutions
qui furent attribuées au texte de 1958. L'essentiel
demeure, c'est-à-dire le vieux débat entre
présidentialistes et légitimistes, les
modernes qui veulent que ne dépasse plus qu'une
seule tête et les classiques qui s'accommodent
d'un exécutif bicéphale.
Bravo l'artiste, car la méthode retenue ne s'embarrasse
pas des légalités et conventions habituelles
: aucunement le recours à des lettres aux présidents
des assemblées, aucune précaution d'usage
pour trois présidents qui lui réservent,
l'un, certes, soumission, l'autre, méfiance et
attentisme, le troisième, mise en observation
quand ce n'est pas hostilité déclarée.
Seul, un décret en conseil des ministres authentifie
la commission Balladur.
Une " torture " programmée
pour la famille socialiste
Ce qu'est venu faire et dire, Nicolas
Sarkozy, à Epinal le 12 juillet ? c'est tout
simplement préparer, pour l'instruction, la scène
du crime avec ses codes, ses symboles passés
et à venir : le rappel d'un discours du général
de Gaulle, au demeurant moins important que celui de
Bayeux, dans le département du président
actuel du Sénat, ce rappel du " vieux débat
", ouvert en 1969 et cette stupéfiante interrogation
: " pourquoi nous interdirions-nous de reprendre
ce débat ? Pourquoi refuserions-nous d'examiner
dans quelles conditions le Sénat pourrait mieux
refléter la diversité française
qui a besoin aujourd'hui d'être davantage présente
dans les institutions de la République ? ".
Ce plaisir malin, florentin, plein de connotations qui
consiste à placer Edouard Balladur à la
tête du comité constitutionnel, pour mieux
rappeler le duel de 1995 avec Chirac.
Cette autre satisfaction de renvoyer au président
du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré,
à la tête de son équipe désormais
de onze membres, l'image du miroir déformant
d'un conseil parallèle de treize autres sages.
Enfin cette torture programmée destinée
à la famille socialiste qui, non seulement, ne
" témoigne " ni respect, ni estime
pour l'un des siens, mais qui pourrait, demain connaître
encore un peu plus d'érosion, tant certaines
idées sont mieux exprimées, individuellement,
par leurs auteurs que, collectivement, par le parti
et ses responsables, comme par exemple le contrôle
du budget de l'Elysée, " volé "
à René Dosière, député
élu de l'Aisne mais non investi par le parti
et même exclu.
Un droit de parole élargi
contre l'octroi
de menus plaisirs à l'opposition ?
Le
nouveau Président de la République ne
place pas le curseur au même niveau que les docteurs
de la loi constitutionnelle. Il attend une réponse,
pour la forme, à une simple question : comment
puis-je encore " parler plus pour présider
plus " ?
Et bon Prince, il s'engage à donner du répondant,
selon l'article un du premier code de marketing électoral,
tout nouvellement initié pour la génération
de rupture : "l'exercice du pouvoir se pratique
selon la règle du donnant-donnant " !
Il négocie, tout simplement, un droit de parole
élargi contre l'octroi de menus plaisirs accordés
généreusement et sans grands risques à
l'opposition. Il suffit d'agiter les grelots de la proportionnelle
et d'un statut de l'opposition pour voir la gauche naïve
et les socialistes en particulier se satisfaire de propositions
théoriques qu'ils n'ont pas eux-mêmes évaluées
ou, pire, dont ils ont déjà été,
les victimes collatérales.
Sans devoir s'éloigner de l'importance du débat
sur la loi électorale, ses ramifications, voire
ses incidences sur le fonctionnement du Parlement, il
serait illusoire de considérer le problème
du " droit de message " comme secondaire et
donc menu fretin. L'opposition commettrait une erreur
fondamentale dans la concession à l'élargissement
de ce droit sous prétexte qu'elle obtiendrait
gain de cause sur des facilités d'expression
plus larges au Parlement, dans les financements politiques
ou dans le pluralisme électoral qui, au demeurant,
pourrait aller, de manière plus corporatiste,
au-delà des simples représentations et
sensibilités des partis et groupements.
Le droit de
" message présidentiel "
est déjà un pouvoir exorbitant
Le droit de message, même dans sa rédaction
brève de 1958, est déjà un pouvoir
exorbitant puisqu'il ne satisfait à aucun contreseing,
aucun avis, aucune consultation obligatoire, contrairement
à d'autres pouvoirs du chef de l'Etat, soumis
à des conseils préalables, avisés
et qualifiés.
Dix-sept messages ont été lus au Parlement
depuis 1958 dont six pour François Mitterrand
en quatorze ans et deux pour Jacques Chirac en douze
ans.
Si les messages sont de bon ton et conservent, d'ordinaire,
une présentation protocolaire sans couleur particulière,
c'est grâce à la procédure un peu
" télégraphiste " de la communication
entre l'exécutif et le législatif.
Venir soi même lire son message à chacune
des assemblée ou devant un congrès du
Parlement changerait complètement la donne et
les principes constitutionnels de séparation
des pouvoirs. Si le nouveau Président veut revenir
sur ce principe fondamental de " non parution "
de l'exécutif dans les hémicycles, il
faudra lui rappeler notre histoire constitutionnelle
:
- d'abord celle de 1958 lorsque le premier projet de
rédaction du droit de message (article 16, initialement)
qui prévoyait une lecture directe par le Président
fut abandonnée au profit de la rédaction
actuelle, non sans souligner qu'à l'assemblée
générale du Conseil d'Etat, fin août
1958, une précision fut donnée aux rapporteurs
: " il est bien entendu que le Président
est parfaitement libre de désigner la personne
qui lui convient ; ce n'est pas obligatoirement un membre
du Parlement " !
- ensuite la rédaction du premier projet constitutionnel
de 1946 - laissant l'accès libre de l'Assemblée
au Président pour lire son message - abandonnée
dans le second projet soumis à référendum
et approuvé par le peuple français.
- enfin les souvenirs cuisants et les expériences
malheureuses de quelques Présidents de la troisième
République jusqu'à Millerand, en 1924
qui avaient convaincu députés et sénateurs
qu'il était préférable de tenir
à distance ceux qui voulaient présidentialiser
trop les institutions et surtout " régler
leurs comptes " ou insister lourdement - et personnellement
- sur la justification de leur conduite. Mieux valait
encore écouter les doléances lues par
un tiers que par les auteurs !
Des souvenirs
cuisants de Mac Mahon à Grévy et Casimir-Périer

Ainsi Mac-Mahon, le 18 mai 1877, justifiant la fin
de son irresponsabilité présidentielle
invoquait " mon droit constitutionnel
et
les conseillers qui pensent comme moi"

Mieux encore, après l'affaire de décorations,
le 2 décembre 1887, Jules Grévy s'adressant,
par message, aux chambres : "Tant que je n'ai été
aux prises qu'avec les difficultés accumulées
en ces derniers temps sur ma route : les attaques de
la presse. l'abstention des hommes que la voix de la
République appelait à mes côtés,
l'impossibilité croissante de constituer un ministère,
j'ai lutté et je suis resté où
m'attachait mon devoir. Mais au moment où l'opinion
publique mieux éclairée accentuait son
retour et me rendait l'espoir de former un gouvernement,
le Sénat et la Chambre des députés
viennent de voter une double résolution qui,
sous la forme d'un ajournement à heure fixe pour
attendre un message promis, équivaut à
une mise en demeure au Président de la République
de résigner son pouvoir. Mon devoir et mon droit
seraient de résister; mais dans les circonstances
où nous sommes, un conflit entre le Pouvoir exécutif
et le Parlement pourrait entraîner des conséquences
qui m'arrêtent. La sagesse et le patriotisme me
commandent de céder. Je laisse à ceux
qui l'assument la responsabilité d'un tel précédent
et des événements qui pourront le suivre.
Je descends donc sans regret, mais non sans tristesse,
du pouvoir où j'ai été élevé
deux fois sans le demander, et où j'ai la conscience
d'avoir fait mon devoir. J'en appelle à la France.
Elle dira que, pendant neuf années, mon Gouvernement
lui a assuré la paix, l'ordre et la liberté
; qu'il l'a fait respecter dans le monde; qu'il a travaillé
sans relâche à son relèvement, et
qu'au milieu de l'Europe armée, il la laisse
en état de défendre son honneur et ses
droits ; qu'enfin, à l'intérieur, il a
su maintenir la République dans la voie sage
que tracent devant ellle l'intérêt et la
volonté du pays. Elle dira qu'en retour, j'ai
été enlevé au poste où sa
confiance m'avait placé. En quittant la vie politique,
je ne forme qu'un voeu, c'est que la République
ne soit pas atteinte par les coups dirigés contre
moi et qu'elle sorte triomphante des dangers qu'on lui
fait courir. Je dépose sur le bureau de la Chambre
des députés ma démission des fonctions
de Président de la République française.
Le Président de la République française,
Signé : Jules Grevy".

C'est aussi, Jean Casimir-Périer, dans l'affaire
de Panama et les débuts de l'affaire Dreyfus
qui, le 16 janvier 1895, dans son ultime message à
la Chambre des députés et au Sénat,
insiste sur " l'impuissance à laquelle ]
il [ est condamné " et "le manque de
moyens d'action et de contrôle" de la présidence
de la République : "La présidence
de la République dépourvue de moyens d'action
et de contrôle ne peut puiser que dans la confiance
de la nation la force morale sans laquelle elle n'est
rien. Ce n'est ni du bon sens ni de la justice de la
France que je doute : mais on a réussi à
égarer l'opinion publique : plus de vingt années
de luttes pour la même cause, plus de vingt années
d'attachement à la République, de dévouement
à la démocratie n'ont suffi ni à
convaincre tous les républicains de la sincérité
et de l'ardeur de ma foi politique, ni à désabuser
des adversaires qui croient ou affectent de croire que
je me ferai l'instrument de leurs passions et de leurs
espérances. Depuis six mois se poursuit une campagne
de diffamation et d'injures contre l'armée, la
magistrature, le Parlement, le chef irresponsable de
l'Etat, et cette liberté de souffler les haines
sociales continue à être appelée
la liberté de penser. Le respect et l'ambition
que j'ai pour mon pays ne me permettent pas d'admettre
qu'on insulte chaque jour les meilleurs serviteurs de
la patrie et celui qui la représente aux yeux
de l'étranger. Je ne me résigne pas à
comparer le poids des responsabilités morales
qui pèsent sur moi et l'impuissance à
laquelle je suis condamné. Peut-être me
comprendra-t-on si j'affirme que les fictions constitutionnelles
ne peuvent faire taire les exigences de la conscience
politique ; peut-être, en me démettant
de mes fonctions, aurai-je tracé leur devoir
à ceux qui ont le souci de la dignité
du pouvoir et du bon renom de la France dans le monde.
Invariablement fidèle à moi-même,
je demeure convaincu que les réformes ne se feront
qu'avec le concours actif d'un gouvernement résolu
à assurer le respect des lois, à se faire
obéir de ses subordonnés et à les
grouper tous dans une action commune pour une oeuvre
commune. J'ai foi, malgré les tristesses de l'heure
présente, dans un avenir de progrès et
de justice sociale. Je dépose sur le bureau du
Sénat et de la Chambre des députés
ma démission de Président de la République
française."
1924 : Millerrand-Marsal
: pour ou contre
le message présidentiel ?
Enfin, le 10 juin 1924, Millerand persiste dans son
message au Parlement, contresigné par François
Marsal, estimant qu'il n'a pas à se soumettre
aux changements de majorité parlementaire : "Lorsque
l'Assemblée Nationale me fit l'honneur de m'appeler
par 695 suffrages à la magistrature suprême
elle savait, par mes déclarations publiques,
que je n'acceptais d'aller à l'Elysée
que pour y défendre "une politique nationale,
de progrès social, d'ordre, de travail et d'union".
L'engagement solennel que j'avais pris devant le pays,
je l'ai fidèlement tenu. La France a soif de
paix, de labeur et de concorde. Elle veut au dehors
une politique qui lui assure, d'accord avec ses alliés,
la sécurité, les réparations, l'application
du Traité de Versailles, le respect de tous les
actes diplomatiques qui ont institué le nouvel
ordre européen. Cette politique extérieure
appelle une politique intérieure inspirée
des enseignements de la guerre, fondée sur l'entente
entre les Français, le respect des opinions et
des croyances, le souci d'introduire dans les relations
sociales toujours plus d'équité et de
bonté. La volonté de sauvegarder le crédit
de la France en maintenant entre les recettes et les
dépenses publiques un rigoureux équilibre.
Ces idées ont toujours dirigé mon action.
Elles continueront de la guider. En disposant que le
Président de la République n'est responsable
devant les Chambres que dans le cas de haute trahison
la Constitution a voulu, dans un intérêt
national de stabilité et de continuité,
que le pouvoir présidentiel fut, pendant sept
années, maintenu à l'abri des fluctuations
politiques.
Vous respecterez la Constitution
Si vous la méconnaissiez, s'il était entendu
désormais que l'arbitraire d'une majorité
peut obliger le président de la République
à se retirer pour des motifs politiques, le président
de la République ne serait plus qu'un jouet aux
mains des partis. Vous m'aiderez à écarter
un si redoutable péril. Je me suis refusé
à déserter mon
poste. Ce n'est pas du Parlement, chargé de voter
les lois et de veiller à leur respect, que peuvent
venir le signal et l'exemple de leur violation.
De dangereux conseillers s'efforcent, dans un intérêt
de partis, d'obtenir que la nouvelle législature
débute par un acte révolutionnaire. La
Chambre refusera de les suivre.
Fidèle à ses traditions, le Sénat
voudra demeurer, comme il le fût dans les plus
graves conjonctures, le défenseur de la Constitution.
Une question constitutionnelle, aussi importante pour
l'avenir des institutions républicaines que celle
posée par la crise actuelle, ne peut être
réglée dans l'ombre par des décisions
d'individualités ou de groupes.
Je fais, avec confiance, appel à la sagesse des
deux Chambres, à leur prudence, à leur
amour de la France et de la République. Conscient
de mon devoir, J'ai assumé mes responsabilités.
L'heure est venue pour le Parlement de prendre les siennes".
- Puis vint la "déclaration ministérielle":
"Messieurs, Vous venez d'entendre la lecture du
message de M. le président de la République.
Le gouvernement qui est devant vous ne s'est constitué
que pour permettre aux Chambres de se prononcer dans
le débat d'ordre constitutionnel, ouvert depuis
quelques jours, hors du Parlement, mais dont le Parlement
seul est juge. Nous n'avons donc pas à vous présenter
un programme de gouvernement. Notre mission a un but
limité et précis
Ou bien, vous nous direz, comme nous le demandons, que
les lois constitutionnelles doivent demeurer intangibles,
au dessus des partis. Dans ce cas,
l'autorité de votre vote indiquera aux chefs
de la majorité issue des élections du
2 mai qu'ils ont le devoir d'accepter du président
de la République le pouvoir que celui-ci leur
a offert et d'assumer la charge des destinées
de la France.
Ou bien, par un vote qui permettra à chacun de
prendre nettement ses responsabilités vous déclarerez
que vous n'approuvez pas les principes formulés
par le message de M. le Président de la République,
principes que nous défendons devant vous et qui
sont la base de la Constitution républicaine.
Dans ce cas, nous rendrons compte de l'échec
de notre mission au chef de l'Etat et celui ci prendra
alors la décision qui en est la conséquence.
Nous faisons appel à votre conscience et à
votre raison Il faut que ce débat se poursuive
en dehors de toute équivoque. Le vote que vous
allez émettre intéresse.
au plus haut point l'avenir du régime. Le respect
de la légalité est la garantie de nos
institutions républicaines et la sauvegarde des
libertés publiques".
le Parlement
tourne définitivement la page "Millerand"
La Chambre des députés refuse (par 328
voix contre 214) d'entrer " en relation avec un
ministère qui, par sa composition, est la négation
des droits du Parlement et vote la motion Herriot-Blum.
Lle Sénat repousse, également par vote,
le message présidentiel...et l'éphémère
gouvernement Marsal est renversé par les deux
Chambres.
Le Sénat, sur qui comptait encore le Président
pour une éventuelle dissolution a tourné
définitivement la page "Millerand"
11 juin 1924 : Millerand dépose sa démission
sur le bureau du président de la Chambre des
députés
En juillet 1924 : l'ancien Président de la République
est interrogé sur le 10 juin 1924 : "...l'incident
qui a clos ma carrière présidentielle
ne semble-t-il pas, du reste, être l'illustration
éclatante de la thèse que j'ai toujours
soutenue, qu'une révision de la Constitution
était indispensable et urgente, si l'on veut
établir la séparation et l'équilibre
des pouvoirs. L'acte du dix juin n'est rien autre chose,
en effet, qu'un geste de dictature parlementaire, si
la dictature consiste notamment à violer la loi
quand elle vous gêne. Sans doute il est des gens
pour penser, selon l'adage britannique, que "le
Parlement peut tout, sauf changer un homme en femme".
Ce n'est pas mon sentiment. Je persiste à croire
que, tout comme le serait la dictature d'un homme, la
dictature d'un Parlement, ou, pour dire mieux d'une
chambre, ou plus exactement, de quelques hommes dans
cette chambre, est la négation même de
la liberté, donc de la République".
Au professeur Duguit, constitutionnaliste et doyen de
la faculté de droit de Bordeaux, il écrit
: "...j'ai toujours pensé - et je persiste
à croire - que le rôle essentiel du Président
de la République est de collaborer avec ses ministres
"
Contre une
" américanisation " lente
sans contre-pouvoirs indépendants
Quatre présidents qui ont déjà
fait trembler les colonnes des temples pour avoir outrepassé
les règles de la République, les conventions
de la Démocratie, la séparation des fonctions,
chère à Montesquieu.
Les institutions françaises qui ont échappé,
au temps des malheurs, à la menace autoritaire
doivent rester suffisamment solides pour ne pas sombrer
demain dans un schéma réducteur d'une
" américanisation " lente des pouvoirs
sans un balancement durable de contre-pouvoirs authentiquement
indépendants et au dessus des intérêts
relationnels, pour exercer un réel pouvoir de
contrôle.
Denys Pouillard
Directeur de l'Observatoire de la Vie politique et parlementaire
Prochainement
: le piège du scrutin proportionnel