Toute réforme du mode de scrutin dont on parle
ne pourrait avoir d'effet avant 2012. Le changement
n'est donc pas pour aujourd'hui et en attendant
la " présidentialisation " à
la française poursuit sa course. Elle a, par
la force des choses, son côté diaboliquement
pervers mais d'un mal peut naître un bien, celui
de l'apparition, en France d'un contre-pouvoir sain
et démocratique, le contrôle indépendant.
Pour cela, la représentation du peuple au Parlement
doit être proportionnelle et non plus injuste.
Face à la " présidentialisation
", il faut un balancement
Plus qu'un contre-pouvoir, la " proportionnelle
" apparaît en effet comme un salut providentiel
au balancement du pouvoir. Mais quelle " proportionnelle
" ? Déjà à l'automne 1996,
était envisagée l'adjonction, aux députés
élus au scrutin majoritaire uninominal, de députés
élus au scrutin proportionnel. Cette copie du
système sénatorial n'avait pas reçu,
déjà en 1992, l'aval de la commission
Vedel et le juriste Louis Favoreu voyait même
poindre une inconstitutionnalité flagrante et
une non-conformité au principe " constitutionnel
d'égalité ".
Le dualisme sénatorial - faut-il le rappeler
- issu de l'ordonnance de novembre 1958 n'a jamais été
soumis au Conseil constitutionnel, si bien que l'introduction
d'un système mixte ne manquerait sans doute pas
finir ses jours dans les oubliettes.
Par contre une " absolution " constitutionnelle,
au prétexte de l'usage, depuis cinquante ans,
d'une pratique sénatoriale non contestée
et qui a fait ses preuves ouvrirait très certainement
un autre débat : celui de l'amplitude de la représentation
proportionnelle.
Faut-il aller jusqu'à la moitié de la
représentation nationale comme le suggérait
François Bayrou ou limiter cette représentation
à moins de cent députés comme s'y
accordent les autres représentations politiques
?
Cette " proportionnalisation " allégée
équilibrerait-elle, pour autant, le juste poids
des minorités politiques par rapport à
l'effet majoritaire ? Oui, s'il s'agissait de ne faire
représenter que ces partis minoritaires et seulement
eux. Non, s'il convenait de répartir cinquante
ou soixante dix sièges entre partis majoritaires
et minoritaires ; à titre d'exemple, le Modem
ou les Verts auraient respectivement vingt ou douze
sièges dans le premier cas et ne disposeraient
plus que de cinq et deux sièges dans l'autre
La proportionnelle intégrale
départementale
Le retour à la représentation proportionnelle
intégrale, vraisemblablement à l'échelle
départementale, semble encore le meilleur système
- le plus simple et le plus juste - s'il faut retenir
ce type de scrutin.
Pourquoi s'impose-t-il aujourd'hui ?
La Constitution de 1958, dans sa lettre, demeure une
Constitution parlementaire avec cette particularité
importante qu'elle assure par son mode électoral
une stabilité gouvernementale. En revanche la
stabilité gouvernementale se paye au prix fort
c'est-à-dire le déséquilibre entre
la représentation en suffrages exprimés
et la représentation en sièges.
Le nouvel esprit donné à la Constitution
et le passage de l'ordre arbitral du Président
à celui d'ordonnateur de la politique nationale
en empruntant les habits du Premier ministre change
la donne.
Au pouvoir populaire délégué sans
contrôle, doit donc répondre une représentation
juste et pluraliste et non une représentation
compressée. Cette représentation n'aura
de sens, néanmoins, que si elle assure une autorisation
de contre pouvoir.
Le contre-pouvoir c'est le
contrôle indépendant
Notre culture politique ayant reposé trop longtemps
sur la confiance, l'admission de la notion de contrôle,
en devient plus difficile. Or le contrôle suppose
l'expertise et l'indépendance. Nous ne pourrons
accéder à l'application juste du contrôle
que si nous disposons des corps administratifs authentiquement
indépendants. Le Parlement dans sa conception
actuelle ne peut assurer cette mission, tant les conflits
d'intérêts demeurent.
Il faut sans doute revoir tout le process des autorités
administratives dites indépendantes, les nominations
d'experts indépendants et non plus de représentations
parlementaires qui, par définition, sont d'ordre
politique. La conception américaine du contrôle
insiste sur l'indépendance ; en France, le contrôle
reste dans les mains du " politique "
Si la présidentialisation se renforce, le seul
contre-pouvoir possible, venu du Parlement, sera celui
de la volonté de mettre en place les corps de
contrôle sous sa responsabilité de nominations
et de la définition des procédures et
missions. Si le Parlement se substitue seul à
ces procédures, il se détourne de sa mission
initiale, particulièrement lorsque l'effet majoritaire
le rend à la fois juge et partie.
C'est donc une réforme plus large et plus vaste
qui ne concerne pas l'unique présidence de la
commission des finances de l'Assemblée. Le nouvel
équilibre des pouvoirs est à ce prix si
nous ne voulons pas un retour au pouvoir impérial.