Au soir du premier tour de l'élection présidentielle,
François Bayrou n'a pas réalisé
la portée de sa défaite : une défaite,
au demeurant très honorable
mais une défaite
quand même.
Au soir du premier tour des élections législatives,
il comprendra, sans doute, qu'entre le discours tenu
au cours du premier trimestre de cette année
et le comportement électoral, demeure un large
fossé.
L'échec du " ni-ni
"
Que disait le député des Pyrénées-Atlantiques
à l'apogée des sondages présidentiels
? Le refus des " têtes de gondoles "
, l'UMP et le PS et un volumineux caddie dans lequel
la social-économie était réputée
remplacer l'esprit de la vieille social-démocratie.
Le programme séduisait et chahutait, en fin de
parcours les lignes du PS, au point, dans la dernière
ligne droite, obliger la candidate socialiste à
ouvrir les portes du temple. Mieux encore, l'homme battu
relevait le col, dans un long débat télévisé
que Ségolène Royal lui offrait, entre
les deux tours, sur un plateau en zinc, à défaut
d'argent.
Presque comparses, pour " un bout de chemin "
ensemble, la socialiste ouvrait le chemin de la rénovation
et le centriste n'arrivait pas à trouver, vraiment,
des divergences avec sa rivale. Ebahis, militants de
la gauche et du Centre changeaient l'intitulé
de leurs groupes respectifs de riposte en cercle de
convergences !.
Et depuis ? Rien, absolument rien du côté
de François Bayrou ; aucune allusion à
ce dialogue que l'on croyait prometteur pour l'avenir.
Aucun signe de rapprochement des idées, aucun
acte notoire qui laisserait supposer que la rupture
avec l'UMP est devenue réalité. Peut-être
même tout le contraire !
Entre deux tours de scrutin, le leader centriste, auréolé
par l'invitation magnanime pour une promenade à
deux, perd ses principaux lieutenants, voit fondre le
groupe des députés qui aurait du constituer
le socle de son nouveau mouvement
et surtout observe
que ce nouvel électorat passe, en très
grande majorité, au second tour, dans le camp
Royal.
Ce vote à gauche n'était pas pris en compte
par François Bayrou. Il ne l'est toujours pas
à la veille du premier tour des élections
législatives. Parti avec un électorat
de centre droit dans sa besace, il se retrouve en parrain
d'un électorat de centre gauche
L'échec
est donc, à ce titre, patent ; pour preuve, les
vingt-deux députés " félons
" dont les circonscriptions ne totalisent qu'à
peine la moyenne nationale, en suffrages exprimés,
du vote Bayrou, à deux ou trois exceptions près
quand
ce n'est pas en dessous de cette moyenne, voire, même
pas 12,5 % des inscrits.
Dans ces circonscriptions, l'électorat traditionnel
centriste a voté " Sarkozy ", soit
dès le premier tour, et de toute manière,
s'est transféré spontanément vers
ce choix, au second tour. Voter Royal leur était
insupportable.
En revanche, dans les très nombreuses circonscriptions,
où le vote " Bayrou " a obtenu entre
20 et 26 %, le transfert à gauche se pratique
dans une proportion de près de 70 %, sauf en
Alsace.
En résumé, François Bayrou invente
ou réincarne, sans le savoir, le centre gauche
ce qui ne correspond ni à sa philosophie, ni
à sa culture politique, ni à ses amitiés
ou réseaux et encore moins celles de ses plus
proches collaborateurs de l'appareil UDF. François
Bayrou est prisonnier, embourbé dans un marais
qu'il a créé de toutes pièces.
Pas vu
pas pris
Au lieu de convoquer un congrès extraordinaire
ou au moins procéder à une consultation
à distance des militants UDF pour changer la
raison sociale du fonds de commerce, le président
du parti centriste lance le Mouvement démocrate
(MoDem) à partir d'un simple conseil national
de l'UDF à qui il demande, par motion, le changement
de nom. Une procédure simple qui lui permet d'obtenir
le 16 mai (JO du 26 mai 2007) une décision de
la commission nationale des comptes de campagne et des
financements politiques portant agrément de l'association
de financement du Mouvement démocrate.
En bonne logique si l'association de financement existe,
il devrait en être de même pour le parti.
Mais le parti n'existe pas et d'ailleurs ne pourrait,
habilement, ne jamais exister puisqu'il s'agit, tout
simplement, d'une substitution de nom. Le seul problème
de communication à résoudre est celui
des nouveaux militants et des nouvelles adhésions
; 80 000 pré-adhésions, parait-il
Peu
importe le nombre, les nouveaux militants s'appellent
désormais " démocrates " mais
bien inscrits dans l'ancienne structure de l'UDF, avec
son ancien encadrement administratif et politique, ses
responsables locaux et les élus qui lui sont
restés fidèles ; quant aux anciens UDF,
un peu désorientés par les nouvelles appellations
(PSLE, Nouveau centre, d'un côté, UDF-Modem,
de l'autre), ils sont priés de donner leur obole
au nouveau Mouvement démocrate. Nous voici donc
avec un parti relooké où les " nouveaux
", mandataires de ces électeurs du transfert
" Royal " du second tour des " présidentielles
" sont en nombre très supérieur aux
anciens adhérents et n'ont toujours pas l'occasion
de pouvoir s'exprimer. Ceci fait penser aux " petits
actionnaires " dans les assemblées générales
des sociétés du CAC 40 !
Quand donc, François Bayrou va-t-il convoquer
les adhérents du Mouvement démocrate pour
organiser les organes de direction politique d'une part
et l'administration du mouvement, d'autre part ? L'affaire
est urgente d'autant que la substitution de nom entraîne
une substitution comptable. Le Mouvement démocrate,
par son financement politique basé sur les voix
obtenues par les candidats portant l'étiquette
" UDF-Mouvement démocrate ", comblera,
les finances de feu l'UDF !
Entre les deux tours des élections législatives,
François Bayrou serait bien inspiré d'apporter,
quel que soit le résultat du premier tour, un
début de réponse à l'organisation
du MoDem, la désignation de son président,
l'entrée des nouveaux militants dans les organes
dirigeants. Le parti qui se veut celui de la transparence
et de la liberté doit bien cela aux nouveaux
électeurs. Des électeurs qui ont sans
doute choisi le camp de l'opposition lorsque l'initiateur
persiste encore dans le " ni ni ".
L'embrouille sur les étiquettes
La confusion perdure dans les professions de foi :
une trentaine de candidats dont les noms apparaissent
dans les listes officielles rendues publiques par l'UDF
" canal historique " ne sont pas estampillés,
en préfecture, sous le nom d'UDF-Mouvement Démocrate
". On trouve ainsi dans la 11e circonscription
des Hauts-de-Seine " UDF majorité présidentielle
" ou " DVD " pour François Pelletant
dans la 4e circonscription de l'Essonne ; ailleurs ce
sont d'autres " majorité présidentielle
" ou des " sans étiquette " comme
dans la 1ère du Calvados ou la troisième
de la Vienne et même un " Debout la République
" - mouvement du député UMP Dupont-Aignan
- dans la 1ère circonscription du Tarn. Dans
les Yvelines, la Haute-Garonne, particulièrement
la Marne où le député Charles de
Courson a rejoint le président de la République,
l'Union pour la démocratie française "
est privilégiée dans les 5 circonscriptions,
tout comme la 1ère circonscription de la Savoie
ou la 3ème de la Sarthe.
Ainsi pour ne pas contrarier des implantations locales
de la majorité présidentielle, l'atténuation
de l'appartenance politique de ces candidats permet
-elle de diminuer le risque de dispersion des voix au
second tour.
Pas de candidats UDF-MoDem
dans 31 circonscriptions
Autre cas de figure beaucoup plus significatif, celui
de l'absence de candidats " Modem " dans les
31 circonscriptions suivantes !
| Circonscriptions |
|
Députés sortants |
|
| Alpes-Maritimes |
3 |
Salles |
UDF |
| Alpes-Maritimes |
9 |
Tabarot |
UMP |
| Aube |
10 |
Baroin |
UMP |
| Calvados |
2 |
Thomas |
UDF |
| Calvados |
3 |
Leteurtre |
PSLE |
| Côte d'Or |
21 |
Sauvadet |
PSLE |
| Côte d'Armor |
1 |
Bousquet |
PS |
| Eure-et-Loir |
4 |
Vigier |
PSLE |
| Loir-et-Cher |
1 |
Perruchot |
PSLE |
| Loir-et-Cher |
3 |
Leroy |
PSLE |
| Lot-et-Garonne |
1 |
Dionis-du-Sejour |
UDF |
| Lot-et-Garonne |
2 |
Diffenbacher |
UMP |
| Lot-et-Garonne |
3 |
Bruguière |
UMP |
| Marne |
4 |
de Courson |
UDF |
| Morbihan |
56 |
Goulard |
UMP |
| Nord |
7 |
Vercamer |
maj. présidentielle |
| Nord |
21 |
Borloo |
UMP-Rad |
| Pas-de-Calais |
1 |
|
|
| Pas-de-Calais |
8 |
|
|
| Haute-Savoie |
1 |
Accoyer |
UMP |
| Haute-Savoie |
2 |
Bosson |
maj. présidentielle |
| Seine-Maritime |
2 |
Houbron |
PSLE |
| Tarn |
3 |
Folliot |
PSLE |
| Vendée |
1 |
Preel |
UMP-UDF |
| Vienne |
4 |
Abelin |
PSLE |
ou une absence de candidature qui revient à
soutenir un adversaire :
| Seine-Saint-Denis |
8 |
Pernès |
PSLE |
| Seine-Saint-Denis |
10 |
Dallier |
DVD |
| Seine-Saint-Denis |
13 |
Elisabeth Demuynk |
UMP |
| Val-de-Marne |
4 |
Bénisti |
UMP |
Une erreur de stratégie
François Bayrou se trompe donc de stratégie
: un cas d'espèce - celui de Paris - sera, vraisemblablement,
au centre de l'échec de tout " bout de chemin
" avec le parti socialiste, demain en " rénovation
". Mais le cas de Paris - et d'une ou deux autres
circonscriptions - sera peut-être déterminant
pour les électeurs du MoDem et des nouveaux militants
: le besoin de clarification d'un nouveau pôle
de " centre gauche " dans l'opposition et
non dans la majorité présidentielle.
Revenir sur la " ligne " de l' élection
présidentielle conduit l'UDF relookée
à se priver de douze ou treize circonscriptions
gagnables sous le label de " candidature républicaine
". Par la même règle mathématique,
échappent au PS, une dizaine de circonscriptions
fragiles et une autre dizaine de circonscriptions à
prendre. L'entêtement irrationnel, celui de l'ambition
parisienne, mène aussi le parti à entrevoir
l'inexistence parlementaire ou presque. Plus grave,
l'irresponsabilité, au travers de triangulaires
voulues par des francs-tireurs, conduirait à
étendre, encore plus, l'emprise majoritaire.
Quelle satisfaction pourrait en tirer François
Bayrou ? L'orgueil de ne pas avoir cédé
sur les alliances d'appareils ! Sans doute, mais il
aura perdu sur l'essentiel, c'est-à-dire : ne
plus s'assimiler aux représentants de la droite
libérale.
La cohérence voudrait que les rares rescapés,
ces candidats authentiques qui croyaient au renouvellement
de la vie politique, s'organisent dès le lendemain
de ces élections, pour vitaliser le Mouvement
mais le film est à refaire
et au parti socialiste
de récupérer les miettes, s'il en reste
encore au soir du 10 juin. La rénovation pouvait
se faire à deux
elle se fera en célibataire.