La lettre de la décentralisation





Interviews
19 novembre 2002
Il faut "renationaliser" les réseaux de France Télécom
et les confier aux régions,
estime André Marcon,
le rapporteur du CES pour les Technologies
de l'Information et de la Communication

HP - Où en est la desserte des territoires, près d'un an et demi après le comité d'aménagement du territoire de Limoges du 9 juillet 2001 en matière de haut débit et de mobile ?

André Marcon - Ma préoccupation est bien que l'on ne passe pas des réseaux alternatifs aux réseaux de France Télécom qui maillent particulièrement bien le territoire. Il faut repartir de ce réseau. Il existe actuellement une fenêtre de tir intéressante puisque l'opérateur historique est malade financièrement. Le gouvernement va devoir faire quelque chose. Qu'il en profite pour créer un service public de réseau. Il faut une renationalisation des réseaux, je dis bien des réseaux. C'est sur ce service public de réseaux que vont pouvoir se battre tous les opérateurs pour proposer des contenus dans la concurrence ce qu'ils ne peuvent pas faire actuellement. L'Etat pourrait reprendre les infrastructures et les mettre à la disposition des collectivités locales avec la région comme chef de file. 

HP - Quels sont les enjeux pour les régions en matière de TIC ?

André Marcon - Les régions vont obtenir deux compétences celles de l'aménagement du territoire et du développement économique. Or, dans ces deux champs, on voit bien que les technologies de l'information et de la communication seront stratégiques. Voilà pourquoi je dis que la région peut être chef de file et chef d'orchestre. 

HP - Comment, dès lors, assurer une certaine équité entre les régions ?

André Marcon - Je propose une Taxe intérieure sur les télécommunications (TITC) à l'instar de la Taxe sur les produits pétroliers. Je crois à la mutualisation. Il faut qu'elle se fasse sur l'ensemble des usagers et donc qu'elle parte à la première communication. Nous aurions une parfaite participation de tous les opérateurs par le biais de la consommation. Les plus gros consommateurs paieraient plus que les petits. L'Etat se chargerait de péréquater cette taxe entre tous les territoires. 

HP - Vous aviez fait adopter, il y a un an, un premier rapport sur les technologies de l'information par le Conseil économique et social. Quelles en ont été les suites concrètes ?

André Marcon - D'abord, la CIADT de Limoges a changé la donne. Pour la première fois, sous le précédent gouvernement, l'Etat s'est emparé du sujet et, en un an, beaucoup de progrès ont été accomplis avec la possibilité pour les collectivités locales de pouvoir investir. Ce que je regrette, en revanche, c'est le temps de la mise en œuvre des décrets et circulaires. En troisième point, je regrette que l'Etat ait renié sa parole dans la participation sur les antennes de téléphonie mobile au motif qu'il gagnait moins sur les UMTS. Quand on commence à défaire les règles du jeu, c'est toujours plus difficile de retrouver les gens autour de la table. On a perdu beaucoup de temps. Je veux que l'Etat s'engage davantage qu'il ne le fait. Je suis inquiet parce que trop de gens s'occupent du sujet : le ministère des Nouvelles Technologies, le ministère de l'Aménagement du Territoire, le ministère de l'Industrie. Ce dossier est tellement important pour l'aménagement du territoire que je souhaite qu'il s'organise d'une autre façon. La DATAR a compétence à s'occuper de l'aménagement du territoire. L'industrie à dire ce qui est bon. Faisons une task force entre les deux. Et avec, pourquoi pas un Monsieur Technologies de l'Information et des Communications. 

 Propos recueillis par bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 
 

 

© Horizons Politiques

André Marcon est né le 29 juin 1950 à Saint-Bonnet-le-Froid en Haute-Loire (où son frère possède l'un des meilleurs restaurants de la région Rhône-Alpes avec deux "étoiles" au Michelin). Membre du Conseil économique et social au titre des entreprises privées, membre de la section des économies régionales et de l'aménagement du territoire, il est président de l'Union des Chambres de Commerce et d'Industrie du Massif central (UCCIMAC), vice-président de l'AFIT (Agence française d'ingénierie touristique) et premier vice-président de l'Association française des Chambres de Commerce et d'Industrie (ACFCI). Il a déjà préparé, au CES, plusieurs rapports sur le tourisme en milieu rural et un avis sur le "Haut débit, mobile : quelle désserte des territoires ?" dont certaines propositions avaient directement inspiré les mesures prises par la Conseil d'Aménagement du territoire de Limoges du 9 juillet 2001.

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